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LES VOYAGEUSES |
Elles sont venues de toute part
de toutes routes
Chargées des larmes du départ
et de leurs doutes
On leur promettait l'or en barre
Si elles traversaient dans la soute
Mais elles rêvaient de Bételgeuse
Les voyageuses
Par des chemins tout en caillasses
et sacrifices
Elles ont résisté aux menaces
des précipices
Résisté à l'ordre des règnes
qui fait les âmes comme on les saigne
Leur mémoire en est douloureuse
Aux voyageuses
Disséminées dans tous les plis
de toutes plaines
Sur les hauts plateaux de l'oubli
ou souterraines
Elles ont tenu avec les herbes
Celles qui repoussent superbes
Comm’ d’éternelles amoureuses
Les voyageuses
Elles se sont cherchées par delà
leur peur au ventre
Par delà ce qui les sépare
Les épouvante
Et comme autant de gouttes d'eau
Se font rivières après ruisseaux
C'est leur destinée qu'elles creusent
Les voyageuses
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Elles ont tourné tourneboulé
avec la Terre
Avec les pierres elles ont roulé
jusqu'à la mer
Elles ont reflété les étoiles
Les yeux perdus dans les fractales
Où la vie fait l'aventureuse
Les voyageuses
Sur ce bateau au pavillon
de complaisance
Où tout allait pourvu qu'elles gardent le silence
Elles ont chanté à perdre haleine
Avec les vagues et les baleines
Leur voix s'élève lumineuse
Les voyageuses
Je sais qu'elles savent de notre sang
tous les mystères
Qu'elles parlent en langue du vent
à Démeter
Et de loin elles nous interpellent
Vivant écho à nos appels
Pour nous demander d'être heureuses
Les voyageuses
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© Anne Demortain |
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